jeudi 22 janvier 2009

J'ai 18 ans.

Petit, j’ai essayé de te le dire. De toutes les façons possibles et impossibles. Du petit mot écrit en pattes de mouches sur ton frigo jusqu’au hurlement dans tes oreilles, en passant par mes larmes de diamants. Mais tu ne comprends pas. Tu ne veux pas comprendre. Ça doit pourtant faire 1ooo fois que j’essais de me rendre à ton oreille, celle sur ton cœur d’enfant désabusé, mais je n’y arrive pas. Tu as bouché tes oreilles, ton cœur et les deux billes par lesquelles toutes tes émotions déferlent dans mon monde. Tu as fermé tes yeux sur mon malheur. Et ça c’est pire qu’un génocide amoureux. Ça me détruit de l’intérieur, un bulldozer sur le cœur, une déneigeuse sur l’estime. La neige me mangeait justement les cils et toi tu venais de me bouffer toute la confiance en m'ignorant. J’étais convaincue que je pouvais t’en parler sans problème, que tu m’écouterais, que tu me prêterais une épaule pour pleurer et tes mouchoirs Bob l’Éponge pour essuyer le tout. Mais tu t’es fermé. Tu es devenu un escargot des émotions.
Et puis hier tu m’as appelé.
-Tu veux aller glisser Petit Pois?
Je t’ai craché un non, j’ai raccroché. Tu m’as rappelé, tu n’as rien dit mais je pouvais sentir jusque dans mon petit orteil que tu étais à l’autre bout du fil. Il y avait un fil, quatre rues et une mer d’incompréhension entre nous deux cette journée là. Mais pas d’orgueil. Ça faisait changement, ça faisait même un peu chaud au cœur. Mais s’il y avait des ciseaux pour couper le fil et mes grosses bottes Adidas pour mettre à terre les quatre rues, je n’avais rien pour la mer d’incompréhension. Elle était trop grosse pour que je puisse y nager seule en espérant rejoindre ton côté. J’avais besoin que tu prennes ta bouée et que tu me la portes. Au moins au milieu de la mer. Mais tu as fait mieux. Tu as nagé toute la mer, en prenant quelques bouillons, mais tu l’as fait.
Je suis restée le téléphone à l’oreille même après que tu aies raccroché. Les diamants me défiguraient. Littéralement. Tu as sonné, pour la forme, tu as frappé à la porte de ma chambre, tout autant pour la forme. Tu m’as enlevé le téléphone des mains et tu as prises celles-ci en otage.
- C’est fini Petit Pois. Je m’excuse, mais c’est plus que ça.
J’aurais du te dire de t’en aller. C’est ce que tout le monde m’aurait dit de faire. Mais j’en avais assez de ce «tout le monde». Je ne l’avais jamais rencontré alors qu’il aille se faire foutre avec ses conventions. Je voulais m’écouter, moi, seulement moi. Mais il y avait un tel vacarme que je n’entendais rien sinon mes côtes qui jouaient des cymbales à cause des sanglots. Je ne t’ai pas embrassé. J’ai simplement laissé mes mains dans les tiennes, et je t’ai regardé dans les yeux. Ils ont commencés à te faire la morale, mais ils ont cessé plutôt vite. Tu avais eu aussi mal que moi, sinon plus.
- Petit Pois, je n’étais pas prêt à ça. J’ai eu peur.
Que voulais-tu que je te dise? Combien de fois j’étais partie en courant après que tu m’aies conté ta vie en cascades, apeurée du malheur que tu abritais, ne voulant pas être contaminée. On a donc compté jusqu’à trois, on a crié le mot peur quatre fois et on est allé dormir. La peur me faisait fuir. La peur te transformait en escargot. Il n’y a personne de parfait. Et il n’y a pas de morale à cette histoire. Je n’ai jamais aimé ça. Il n’y aura que de l’amour à profusion, assez pour peinturer les murs de ma chambre et tapisser d’espoir le regard éteint du vieux monsieur de l’autobus.

3 commentaires:

Michel a dit…

Je ne sais si il vrai que tu as 18 ans, mais ton billet j'aurais aimé etre capable d'en écrire des parties.
C'est drole, ton indifférence à ma susceptibilité pour un post mal fait me faisait penser à ma fille de 16 ans mais celui ci.. il me boulverse.
p.s.
Si il y a des phote aividente, n'Hédite po.

Anna a dit…

"ton indifférence à ma susceptibilité pour un post mal fait" ..

c'est normal que je ne comprenne pas, ou quoi?

Sandrine Boréale a dit…

je suis tout aussi perdue
mais j'aime ce post; alors tant pis.